Le vent ne nous lâche plus maintenant. Et il nous faut nous accomoder de cette nouvelle allure, désagréable, il faut bien le dire, du près. J'en viens presque à regretter nos journées de "farniente", où je sortais ma "chaise longue" pour lire toute l'après-midi durant, ou bien les petites douches sur la plage arrière au coucher du soleil, et que dire des heures passées en cuisine, à nous concocter des petits plats, des gâteaux au chocolat (pour le petit dej' du Capitaine!). Pour le moment, j'en reviens à des tâches basiques : vaisselle dès que je le peux, plat unique dans la casserole ou dans un bol d'inox, je ne balaye plus non plus car pour cela il faut deux mains, et je ne les ai pas !!! Ce n'est pas très grave, du reste, car à cette vitesse, nous serons arrivés dans 3 ou 4 jours. Donc, patientons !
A 22 h TU, nous avons Bernard, en ce moment, à la BLU. Lui fait la même route que nous mais de l'autre côté du miroir. Il remonte d'Afrique du Sud et se dirige sur les Antilles. Avant-hier, il était à 300 M de l'île de Fernando de Noronha. Aujourd'hui, il y est
. Son escale fût de courte durée, devant le refus des autorités de le laisser descendre pour faire trois courses, sans payer les taxes exhorbitantes qu'ils réclament. A peu près 100 € par jour !!! Qu'ils se la gardent leur île pour milliardaires ! En fin de compte, Bernard est tout de même reparti avec son "frais", gracieusement remis par les mêmes autorités , et sans payer car il n'avait pas de monnaie brésilienne ! Bernard est Radio-Amateur, aussi me propose-t-il d'envoyer un petit mot à mon frère pour lui dire que nous ne sommes plus très loin et que d'ici une semaine, nous devrions arriver . C'est très gentil à lui et j'accepte avec joie.
La nuit se passe, désormais, sans étoiles et malgré la lune bien grosse, sans trop de clarté, car depuis le pot au noir, finies les nuits étoilées où l'on perdait la tête dans des "tableaux de fils" virtuels sans cesse renouvelés entre chaque astre lumineux.
Nous dormons dans une couchette à tribord, enfin, nous reposons serait plus exact ! La pluie déloge régulièrement l'équipie de quart, dehors dans son duvet.
A midi, le point nous indique que nous avons parcouru 130 M ! Ouahou ! Pomme Liane retrouve ses marques. Let it be, par contre s'éloigne inexorablement, il est désormais à 3 jours de nous. Nous ne sommes plus qu'à 2 ou 3 jours de l'arrivée. Cette fois-ci, nous y croyons pour de bon, que nous allons voir le Brésil ! Dans la nuit, le vent se redresse et devient très fort. Jimmy refait souvent les calculs, car nous devons faire du près serré maintenant pour maintenir le cap. Nous ne dormons plus ni l'un ni l'autre, car la marche du bateau est heurtée, nous essuyons aussi plusieurs grains. Une seule fantaisie dans la nuit : un passager clandestin venu se réfugier sur les arceaux du bimini. Il est tout ébouriffé, fait sa toilette sans arrêt et a l'air aussi furieux que nous de l'allure du bateau lorsqu'il faut accuser le coup dans cette mer hâchée !!! Au petit matin, nous décidons de venir nous abriter derrière l'île. Il fait nuit noire, et nous nous faufilons entre des rochers épars. Jimmy croit qu'il y a des filets flottants signalés par des feux à éclats, moi cela m'étonne car nous sommes dans une réserve nationale !
En fait, ce sont tous les petits bateaux au mouillage devant la digue. Je pars préparer ma chaîne de mouillage, car inutile de dire que la baille à mouillage est en désordre, avec ce temps ! Bien sûr, il se met à pleuvoir dru, je n'ai plus de torche frontale, j'ai donc une main de prise pour l'éclairage et une pour démêler la chaîne, sortir des pare-battages génânts, et tenter de mettre en ordre, la première dizaine de mètres de mouillage. Jimmy a repéré l'endroit où il souhaite jeter l'ancre, j'envoie , ça part sur 20 m et ça bloque ! Je tente de manoeuvrer le guindeau dans un sens et dans l'autre, rien à faire ! De plus, nous dérapons sous les rafales très violentes, Pomme Liane reste désespérement en travers du vent. Il faut tout remonter, mais je n'y arrive pas. Jimmy vient pour m'aider et s'aperçoit que c'est un petit crochet qui s'est enclenché sur le guindeau qui est la source de mes tracas. Alors, maintenant, j'ai la torche dans la bouche, une main pour tenir le crochet,et une autre pour appuyer sur la commande du guindeau, tout ça sous une pluie battante et dans des rafales de vent démentes, dans une nuit noire d'apocalypse !?! Super le Brésil !!!

Au bout de 3 tentatives, et d'une heure et demie de manoeuvre, nous réussissons enfin à crocher l'ancre. Jimmy va se coucher, moi je surveille le mouillage. Pour ne pas m'endormir, entre deux averses, je range le pont. Je replie les lignes de pêche que nous avons totalement oubliées dans la bagarre! Parfois, ça coûte cher cette négligence ! Puis le jour pointe derrière l'île, de petits nuages roses bordés d'or envahissent le ciel. Sur tribord, le grand morne sort de sa nuit, revelant de petites plages de sable doré. Instantanément, cela me rappelle "L'île mystérieuse" d'après Jules Verne, un film de mon enfance... je suis persuadée que c'est cette île qui a servi de décor ! Peu à peu, je découvre les bateaux nous entourant, 4 voiliers, 2 gros pêcheurs réfugiés comme nous et une multitude de petites embarcations. Un paquebot arrive au loin, et vient mouiller au large derrière nous. Il roule bord sur bord par moment, ça doit être agréable là-dedans !!! Il fait jour, le mouillage tient, je vais me coucher. Je suis au Brésil.
Le coup de vent de sud va durer 2 jours, durant lesquels nous resterons à l'abri. Dans l'après-midi, nous rencontrons l'équipage de Windsong, des Suisses. Je leur offre un jus de fruits pressés, il me reste des pamplemousses, des oranges et des mandarines de Casamance. Ils sont ravis car eux n'en n'ont pas trouvé au départ du Cap-Vert. Puis, ensemble , nous rendons visite à un autre voilier, Catalan celui-ci, un RM à bord duquel je commence rapidement à ressentir les effets...du mal de mer ! Car inutile de vous dire que le mouillage est rouleur, tangueur et tout ce que vous voudrez !! Par moment, nous dénombrons 3 houles différentes ! Je presse tout ce beau monde, pour que nous allions, sine die, sur Windsong , afin de lire les fichiers GRIB pour avoir une idée de la météo. J'ai promis à Jo de Let it be d'essayer de lui fournir des infos, ce soir. Ils sont en galère, ayant déchiré leur génois, une fois de plus. Ils n'ont plus d'insigna pour faire une réparation rapide et naviguent sous tourmentin ! A 22 h TU, nous parlons avec BErnard, qui lui a un bon vent arrière, super content. Il décide d'envoyer à nouveau un mot à mon frère pour lui dire que nous resterons 2 jours bloqués à Noronha. Puis, je donne mon bulletin météo en parlant dans le vide, drôle de sensation, car Jo est seule la nuit et ne peut pas parler à la BLU de peur de faire dijoncter le pilote automatique. De plus, les nouvelles pour elle, ne sont pas terribles, car le vent de sud est plus fort pour le lendemain.
Au petit matin, le paquebot revient (ça me rappelle une chanson ça ! Mais... le matou revient, le jour suivant ! Le matou revient, il est toujours vivant .) Il a dû rester en mer de nuit, car il gitait vraiment très fort. Bonjour, la croisière s'amuse !!!
La noria des petits bateaux pour débarquer tout ce beau monde se met en branle... puis revient s'amarrer ! Il s'avère tout bonnement impossible de débarquer étant donnés les mouvements du navire ! Et le paquebot repart...
Le 1er février, nous repartons, le temps n'est toujours pas fameux, mais cela doit s'améliorer dans la journée ! Nous hissons GV et trinquette par un bon ESE à 20 noeuds tout en longeant la face nord de l'île, magnifique entre nous soit dit. Nous ne sommes pas descendus à terre car nous ne voulions pas participer au racket organisé ! Mais c'est beau, indéniablement. Lorsque nous sortons de l'abri de l'île, une mer déchaînée nous cueille. Des murs d'eau verte se dressent sur notre babord en forme pyramidale dont la crête déferle parfois. Normal, nous sommes dans des hauts-fonds, l'océan passe de 4000 m à quelques dizaines de mètres, non sans brasser ! Il nous faut prendre notre mal en patience. A l'intérieur, nous entendons des bruits divers. L'un d'eux s'avère être l'ordinateur qui a fait un vol plané ! Il n'a pas trop aimé,
son écran est de plus en plus illisible !
Au soir, le vent forcit. Le bateau ne débande pas des 6 noeuds et plus. Plusieurs fois dans la nuit, je demande à Jimmy de réduire, nous prenons 2 ris dans la GV mais allons toujours à la même vitesse ! Et au matin, lorsque nous faisons le point, nous voyons bien qu'il va falloir réduire sérieusement si nous voulons arriver de jour à Jacaré . Nous avons parcouru 140 M et il ne nous en reste que 100 à parcourir . Aussi, le nouveau sport aujourd'hui sera : comment ralentir son bateau lorsqu'il a décidé de caracoler comme un petit fou sur les vagues ?
Le vent calme un peu, et nous passons à une allure de prés bon plein, en gardant tous les ris et un soupçon de génois. Du coup, la mer redevient agréable ! Dans la nuit, nous renouons avec les étoiles, quel plaisir ! Et la pleine lune. Nous passons le rail des cargos sans encombre, nous n'en voyons que 3 dans toute la nuit. Au petit matin, nous tombons tout et attendons à 2 noeuds que le jour pointe son museau. Nous sommes à la bouée d'approche du chenal et petit à petit devinons les suivantes. Attention : ici, c'est le système américain ! La bouée tribord est rouge et la babord, verte ! C'est d'un pratique ! J'imagine le gars qui arrive en direct d'une traversée harrassante, qui hallucine un peu au visuel, et qui bien fatigué, oublie que le système de balisage est inversé d'un continent à l'autre !!! Et bien , il finit sur les récifs sa belle course ! 
Nous, nous embouquons sereinement, ou presque, le chenal d'accès du fleuve Paraiba. En effet, c'est toujours stressant d'atterrir. Car la longue routine des gestes répétés est rompue, les repères changent et deviennent beaucoup plus nombreux à interpréter, et cela génère naturellement du stress. D'autre part, nous n'avons plus de sondeur et ne connaissons pas du tout la zone de navigation ! Il nous faut éviter 2 grands bancs de sable en entrant dans le fleuve et nous diriger un peu à l'aveuglette jusqu'au Yacht club de Jacaré.

Quelle drôle de sensation ! Tout est propre, il y a des usines sur le port. Des petits pontons jolis sur l'île en face, bien peints en blanc. Derrière la mangrove, une colline tapissée de verdure où se dressent d'immenses palmiers. Du relief ! Enfin ! Puis des pontons, des voiliers en pagaille. Nous jetons l'ancre, que j'ai pu démêler avant ! Le vent souffle dru, mais le mouillage est très paisible. Ouf ! C'est fini ! Nous sommes arrivés. Maintenant, j'ai peur d'avoir le mal de terre, à défaut d'avoir eu le mal de mer. Jimmy gonfle déjà l'annexe, me demande de lui passer le moteur... et disparait chercher le bateau de Chelo et Charly qui doit se trouver dans le chantier en face de notre mouillage. Moi, je range un peu, éteins tous les instruments en leur souhaitant un bon repos ! ! Et prépare un sac pour aller prendre une bonne douche !!!



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